Dimanche 11 novembre 2007
Grâce à Linde qui me tannait depuis un moment, j'ai vu ce qui restera sans doute comme un de mes films préférés, Memories Of Murder. C'est ce genre de films que vous appréciez bien su
r le coup, puis auquel vous repensez plusieurs jours après et que vous finissez par adorer rétrospectivement. C'est un film
coréen, par le réalisateur de The Host. Il s'agit simplement, pourrait-on dire, d'un film policier, tiré de faits réels: dans les années 80, le premier serial killer de Corée sévit
dans un rayon géographique très restreint, en violant et tuant dix femmes sur la base, semble-t-il, d'un rituel précis. Trois policiers se chargent de l'enquête, trois hommes aussi différents que
sont différentes leurs méthodes. L'un ne jure que par sa capacité à débusquer le mensonge dans les yeux de ceux qu'ils interrogent; l'autre a des méthodes beaucoup plus scientifiques. Mais
même s'ils se retrouvent face à un faisceau de présomptions, face à une quasi certitude, ils ne peuvent rien prouver, ce qui finira par rendre fou l'un d'eux. Des années plus tard, ces "souvenirs
de meurtres" les hanteront toujours.C'est un film vraiment curieux, très bien mis en scène, qui alternent scènes franchement comiques et questionnement existentiel. Quand je dis existentiel, je ne veux pas pour autant dire prise de tête: c'est, comme souvent dans le cinéma asiatique, très diffus, très subtil. La dernière scène notamment distille un vrai sentiment amer de mélancolie, sans qu'on puisse expliquer pourquoi. Rarement un film "de genre" (même si, je le répète, le film va bien au-delà) m'aura fait autant d'effet. A voir, à voir, à voir.
Autre film, français cette fois, que même ça fait quinze ans qu'il est à la maison et que j'aurais dû le voir avant: Tous les matins du monde, d'Alain Corneau, avec Depardieu et Marielle. Voilà un film pas facile. D'abord parce que le sujet n'est pas facile: un film sur la musique classique baroque, ça peut en rebuter plus d'un. Pour ma part, mes parents adorant la musique de cette période, ça ne me pose pas de problèmes, mais je comprends que ça puisse ne pas attirer. Ensuite, formellement, le film est très lent, il ne s'y passe pour ainsi dire pas grand-chose. Mais par contre, les sentiments que le réalisateur parvient à faire passer, notamment grâce à ses acteurs, sont magnifiques. Il s'agit d'une histoire sur une relation maître-élève, qui m'a par moments fait penser au Maître de Musique, de Gérard Corbiau: M. de Sainte-Colombe, violiste réputé, vient de perdre sa femme et sombre dans la douleur, se coupant du monde. Un jeune musicien à tronche de kakou ( le fils Depardieu...), Marin Marais, vient le solliciter pour lui apprendre l'art de la viole. Mais le vieil homme n'est pas facile et mettra tout le film à accepter de jouer avec Marais, après une conversation plus que sybilline sur le thème "Pour qui jouez-vous de la musique? Pourquoi?". La musique occupe une très grande place dans le film, soulignant la souffrance de Sainte-Colombe et son retrait du monde. Toute la bande-son est jouée par Jordi Savall. Esthétiquement, le film est superbe, les images semblent inspirés des tableaux de Georges Delatour. Il faut aimer la musique pour apprécier ce film; malheureusement, je ne pense pas qu'il puisse déclencher de vocations, car toute la confrontation des deux musiciens est entièrement basée sur une notion très savante et très personnelle de la musique. Néanmoins, c'est un film qui m'a beaucoup touchée, et que je conseille à toute personne désireuse de découvrir l'histoire d'un homme dont le coeur n'était ouvert qu'à peu de choses, mais bien à la musique.
Par Biblio.Muffin
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Publié dans : Films
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